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Photo: Courtoisie Centre de la nature/ Alain Dumas
Photo: Courtoisie Centre de la nature/ Alain Dumas

Vivre calmement jusqu’à 100 ans

Chère lectrice, cher lecteur,

L’idée m’est venue de vous écrire une lettre, car paraît-il qu’on organise une activité spéciale ces temps-ci pour nous protéger contre ceux qui veulent nous avoir dans leur soupe et pour nous mettre à l’abri des ratons-laveurs, des corneilles et des autres bestioles qui dévorent nos œufs et nous empêchent d’avoir une belle famille.

Je me présente: Tonya, tortue serpentine. Je sais que les mauvaises langues me trouvent bien lente. Mais qui pourrait courir vite avec sa maison sur le dos? Et puis ma lenteur me sert bien, car elle me permet de vivre calmement jusqu’à 100 ans. Vous, chère lectrice et cher lecteur, vous êtes très vite et souvent énervé, alors vous mourrez aussi plus vite.

On me trouve également sans cœur, car je donne l’impression d’abandonner bêtement mes œufs après les avoir pondus et de laisser les nouveaux-nés se débrouiller sans moi. Détrompez-vous: mon apparente indifférence a pour but de les protéger. Si je retournais régulièrement à mon nid, qui est caché dans le sable, la corneille le trouverait rapidement et elle dévorerait mes œufs et mes petits avant qu’ils ne puissent se rendre au lac ou au ruisseau.

Les anglais m’ont donné un nom quelque peu mordant, car ils m’appellent snapping turtle, la tortue qui mord. Vous m’appelez tortue serpentine car mon très long cou ressemble à un serpent prêt à vous pincer. Que voulez-vous, quand on est lent et qu’on ne peut pas filer comme le renard ou le lapin, il faut se défendre. On aurait quand même pu me trouver un nom plus flatteur. Je ne mords que si je suis attaquée. Puis, ma bouche en forme de bec d’oiseau pointu vous rend des services car je peux manger les charognes qui trainent et qui puent.

Trêve de plaintes: je veux vous dire un gros merci pour les efforts que vous faites pour me protéger, moi et mes œufs si fragiles. Sans vous, ma race serait bientôt éteinte; nous serons toujours vos amies reconnaissantes. Bon printemps, bon été, et au plaisir de vous rencontrer peut-être. Non, je ne vous mordrai pas, et si jamais je sors mon long cou, c’est pour mieux vous voir et vous dire merci!

Bien vôtre, Tonya

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