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La famille d'Abraham Ulrikab.
La famille d'Abraham Ulrikab.

Piégés dans un zoo humain en 1880

Les squelettes de huit Inuits, partis du Labrador en 1880 pour être exhibés dans un zoo humain en Europe et morts peu de temps après leur arrivée, pourraient être rapatriés au pays grâce au travail d’enquête de France Rivet.

France Rivet a découvert l’histoire des huit Inuits en 2009 lors d’une croisière au Labrador. «Tout ce qu’on savait, c’est que trois étaient décédés en Allemagne et cinq à Paris, tous de la variole. Fin de l’histoire», raconte-t-elle. Curieuse, elle s’est alors lancée dans une quête d’informations pour découvrir ce qu’il était advenu des corps, en fouillant notamment le journal de voyage d’Abraham Ulrikab, un des Inuits.

«Je devais aller jusqu’au bout et essayer de ramener ces gens-là», confie France Rivet.

«Je devais aller jusqu’au bout et essayer de ramener ces gens-là», confie France Rivet.

Un an plus tard, elle apprend que le cerveau et la calotte crânienne de certains des membres du groupe ont été présentés à la Société d’anthropologie de Paris en 1881. Surprise: des employés d’un musée lui signalent qu’ils ont les squelettes des cinq Inuits décédés à Paris. «Sachant cela, je devais aller jusqu’au bout et essayer de ramener ces gens-là», confie France Rivet, précisant qu’Abraham, dans son journal, émettait le souhait de rentrer chez lui.

Son enquête est relatée dans le livre Sur les traces d’Abraham Ulrikab et dans un documentaire, Piégés dans un zoo humain, qui sera diffusé l’automne prochain.

De retour au pays un jour

Abraham Ulrikab, sa femme, ses deux fillettes et un autre jeune Inuit étaient originaires d’une petite communauté chrétienne de 200 personnes du nord du Labrador. Les trois autres Inuits venaient d’une communauté nomade et païenne. Tous se sont embarqués volontairement dans l’aventure, recrutés pour le compte d’un pionnier des spectacles ethnographiques en Europe Carl Hagenbeck. «Abraham avait beaucoup de difficulté à faire vivre sa famille. Pour lui, c’était une opportunité d’amasser de l’argent pour améliorer leur sort et payer ses dettes», explique France Rivet.

Les huit Inuits ont pris part aux populaires spectacles ethnographiques montrant leur mode de vie. Kayak, hutte, traineau, chasse aux phoques; tout était organisé pour donner un aperçu de leur réalité aux Européens. Malheureusement, ils sont tous morts rapidement de la variole.

France Rivet a rencontré les ainés de la communauté inuit du Labrador afin de leur faire connaitre l’histoire oubliée d’Abraham Ulrikab. Choqués par le récit, convaincus de la nécessité de rapatrier les restes des Inuits, les ainés ont donné leur appui à la démarche. Le gouvernement du Nunatsiavut doit officialiser la demande, puis le gouvernement fédéral devra l’envoyer aux Affaires extérieures françaises. Un jour, peut-être, les huit Inuits rentreront au pays.

Les zoos humains comme il s’en organisait jusqu’au siècle passé n’existent plus. On voit toutefois un peu le même phénomène, croit France Rivet, avec les bateaux de touristes. «On nous débarque deux ou trois heures dans le village, on regarde des démonstrations de chants de gorge et d’art inuit, et on s’en retourne. Ils [les Inuits] sont encore des pièces d’exhibition, avance la dame. On a beaucoup à faire pour créer des liens avec ces gens-là et apprendre à mieux les connaitre», conclut-elle.

France Rivet sera de passage à la Maison amérindienne le 21 mars prochain à 15 h pour raconter l’histoire d’Abraham Ulrikab et son enquête. La conférence, gratuite, est ouverte à tous; les spectateurs doivent réserver leur place en composant le 450 464-2500.

 

 

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