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L’«ingénieur de l’environnement»

Chère lectrice, cher lecteur,

Quelle surprise, n’est-ce pas: un ver de terre qui prend la peine de vous écrire une lettre. Pourtant, des êtres invisibles comme nous ont peut-être leur mot à dire, car nous pouvons vous apporter des cadeaux mais aussi, parfois, des problèmes très visibles.

Laissez-moi me présenter. En toute modestie, je me qualifie d’«ingénieur de l’environnement». Nous, les vers de terre, sommes parmi les organismes les plus abondants sur la terre. Dans un seul hectare, nous pouvons être trois millions à travailler sans arrêt. Notre grande famille compte 7500 branches différentes. Nous faisons un boulot discret mais très impressionnant. En digérant et en malaxant la terre, nous assurons une plus grande stabilité au sol, et nous creusons d’innombrables minicorridors qui permettent à la terre d’absorber 10 % de la pluie qui tombe, freinant ainsi l’érosion du sol. De fait, nous sommes considérés comme les collaborateurs efficaces des agriculteurs.

Ce qui va vous surprendre est d’apprendre que les milliards de vers de terre qui transforment votre sol ici, ne viennent pas d’ici. Nous sommes tous des immigrants. Nous sommes arrivés dans les ballasts des bateaux et dans les contenants des fleurs importées pour embellir vos maisons. Mais où sont alors les vers indigènes? Hélas, ils ont tous gelé durant les dernières glaciations.

Mais quel est l’effet de notre travail d’immigrant non pas chez l’agriculteur mais sur votre montagne? Nous nous trouvons surtout près du lac Hertel. Qui nous a amenés là? Ce sont les nombreux visiteurs qui ont transporté nos œufs, collés à leurs bottes. Puis n’oublions pas les pêcheurs, qui nous ont accrochés autrefois à leurs hameçons. Revenons aux berges du lac. Nous sommes environ 160 par mètre carré. Nous bouffons allègrement la couche de feuilles à terre, qui contribue pourtant à la richesse du sol de la forêt. Avouons que cela risque d’entraîner des problèmes pour certaines plantes. Puis, nous mangeons aussi les minuscules champignons dans la terre, qui sont importants pour la santé des érables et de bien d’autres arbres de la montagne. Que voulez-vous, c’est le drame de la vie: manger ou être mangé.

La morale de notre histoire est que les travailleurs discrets, voire invisibles que nous sommes peuvent avoir un impact considérable sur la nature visible. Alors dites-nous au moins bravo comme «ingénieurs en agriculture». Nos bons services sont moins évidents pour la forêt, mais ne nous blâmez pas, ce n’est pas nous qui avons décidé d’émigrer.

 

Bien vôtre,

Votre génial agriculteur, le ver de terre

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