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Lettre de la libellule

Chère lectrice, cher lecteur,

Au lieu de faire un vol rapide dans votre jardin pour piquer une jasette, j’ai décidé de vous écrire une lettre. Vous me connaissez bien: je suis la libellule, toute en muscles, légère et élégante, et je file à 85 km/h. Je suis la terreur des insectes piqueurs! Je ne veux pas me vanter, mais 60 % de mon poids est constitué de muscles, qui font vibrer mes ailes transparentes et me donnent une agilité plus grande que celle de vos hélicoptères.

Mes ancêtres, qui avaient la taille d’un corbeau, peuplaient déjà les marais il y a 300 millions d’années, bien avant la naissance de notre montagne. On m’appelle aussi «le faucon des moustiques» car je raffole des maringouins et autres bestioles piqueuses. Je  passe ma longue jeunesse dans l’eau vive, où je m’empiffre d’insectes, de têtards et de petits poissons. À l’âge adulte, je deviens – excusez-moi – une merveille de l’aéronautique. Vous m’avez admirée souvent, verte et brillante, virevoltant au-dessus d’un étang ou d’un marais.

À la fin de l’été je vous quitte pour le Sud, où les journées sont plus longues, l’air plus chaud et les moustiques délicieux et abondants. Le signal de départ m’est donné par la lumière du jour et la chaleur qui se font plus pauvres avec l’arrivée de l’automne. Nous ne partons pas en solitaires mais voyageons en nuées de milliers ou même de millions d’individus, en longeant les côtes. Notre destination, depuis des milliers d’années, est le golfe de Floride ou la Louisiane. La saison d’automne est d’ailleurs la période des grands voyageurs, comme les caribous, les baleines ou les bœufs musqués, et aussi des petits voyageurs qui filent en profondeur, comme les serpents et les grenouilles. Mais, vous demandez-vous, comment les libellules font-elles pour trouver leur chemin vers le Sud, sans cartes ni panneaux routiers? C’est notre secret.

Malgré mes prouesses, je suis fragile, car sans milieux humides, sans cours d’eau, sans marais, sans étangs, je ne survivrais pas. Donnez-moi une chance, laissez-moi encore quelques millions d’années de bons vols et d’acrobaties aériennes. Je vous débarrasse des moustiques mais, surtout, je fais partie des merveilles qui peuplent vos paysages aquatiques. Merci de me protéger.

 

La libellule acrobate

 

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