Accueil » Chroniques » Histoire des gens d’ici » Les portes de fer
Les portes de fer (Photo: Louise Beaudry, 1982)
Les portes de fer (Photo: Louise Beaudry, 1982)

Les portes de fer

J’avais entendu dire qu’il y avait des portes de fer dans la montagne. Des portes de fer, je ne comprenais pas du tout ce que ça voulait dire. À force de le tourmenter, j’ai obtenu du père Choquette qu’il me raconte ce qu’il en savait.

— Les portes de fer, c’étaient deux gros rochers rapprochés entre lesquels les bucherons passaient autrefois pour sortir leur bois de la montagne. C’étaient comme des portes à l’entrée de la montagne.

Dans ce temps-là, les habitants étaient des vrais païens. C’est avec les mécréants du village de la montagne que le curé avait le plus de misère. Ces gens-là habitaient loin de l’église et ils n’y allaient jamais. Un jour, le curé se dit qu’il faudrait bien essayer de convertir ces païens. Il arrive chez l’hôtelier Baptiste Gauthier.

— Gauthier! Si je suis venu jusqu’ici, c’est pour te dire de penser à ton âme et de confesser tes péchés pour Noël qui s’en vient. Si tu ne te repens pas, tu vas aller brûler en enfer!

La semaine suivante, Baptiste Gauthier examinait sa réserve de bois:

– Torrieu! Ça en prend du bois, pour chauffer cette maudite auberge-là. Il va m’en manquer bientôt. Il va falloir aller en chercher dans la montagne.

Ça fait qu’un beau dimanche de décembre, pendant que les paroissiens étaient partis à l’église, Gauthier monte en haut de la montagne et passe des heures et des heures à couper son bois.

Comme l’après-midi achève, l’aubergiste charge dans son traîneau tout le bois qu’il a coupé et dirige son cheval vers les deux grands rochers des portes de fer au pied de la montagne. Mais plus il descendait, plus il allait vite! Les billots ont commencé à revoler et le cheval Tit-Noir allait toujours plus vite!

Gauthier ne contrôlait plus rien, ni cheval, ni traîneau, rien, et au moment même où il passait entre les portes de fer, le traîneau, l’attelage, le cheval, le bois, Gauthier, tout a disparu dans un grand trou complètement noir.

Mais de ce trou-là ont commencé à sortir des flammes en même temps qu’on entendait des cris épouvantables. Des langues de feu géantes montaient du fond de la montagne pendant que Baptiste Gauthier disparaissait en enfer! Au village de Saint-Hilaire, ce soir-là, ceux qui ont regardé la montagne ont pensé qu’elle était devenue un

Le lendemain, les braves qui sont montés à la montagne ont vu des choses incroyables. La neige avait complètement fondu et partout les arbres étaient disparus; il ne restait plus que des petits chicots ici et là. Sur le chemin des bûcherons, on ne voyait plus rien que la roche noire encore toute chaude.

Au pied de la montagne, les deux gros rochers étaient couverts de marques rousses, comme si ça avait été des taches de rouille sur du fer. C’est pour ça qu’on a appelé ces rochers les portes de fer!

Je peux vous dire que j’ai découvert où elles étaient les portes de fer dans la montagne. Et s’il y en a qui savent où elles sont, faites bien attention en vous en approchant et surtout ne les franchissez pas, parce que les portes de fer, ce sont les portes de l’enfer!

(Abrégé d’un conte paru dans Contes et légendes du mont Saint-Hilaire, Éditions Trois-Pistoles, 2007, 293 p.)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.