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Les grands-parents et les «nouveaux pères»

Signe des temps, la façon d’exercer la paternité évolue pour le plus grand bien de nos petits-enfants. Avec l’accès de plus en plus grand des femmes à des professions et au monde du travail, le partage des tâches domestiques ainsi que celui des soins et de l’éducation des enfants est devenu nécessaire. Ainsi, les hommes de moins de 50 ans, éduqués en ce sens par leur mère, sont capables de prendre soin adéquatement des bébés, des jeunes enfants et des adolescents.

Les hommes plus âgés étaient-ils si absents? Soyons justes: bons pourvoyeurs, ils assuraient entre autres le bénévolat dans les activités sportives. Ils avaient un regard global sur leur famille et intervenaient pour assurer l’autorité parentale. Mais la plupart du temps, sans le dire, les grands-pères actuels admirent leurs fils et leurs gendres d’arriver à accomplir leurs nouveaux rôles, et peut-être les envient-ils même. Ils sont rassurés de voir que leurs filles nouvellement mères ne courent pas à l’épuisement.

Maintenant

Phénomène en augmentation au Québec et en Finlande, les «nouveaux pères» créent des liens intimes et sécurisants dès la naissance avec leurs enfants. Contrairement à la croyance populaire, ces nouveaux pères adorent leurs tout-petits et communiquent avec eux.

Même si leur conjointe allaite le bébé, ils assurent d’autres responsabilités comme le bercer s’il pleure, changer les couches, donner le bain et, surtout, l’initier à l’exercice comme le faire rire en le soulevant au bout de leurs bras. Et de temps en temps, ils donnent un biberon.

Ces nouveaux pères se sentent insultés lorsqu’on mentionne qu’ils sont en train de «garder» leur enfant. Avec fierté, ils s’affirment comme prenant soin de leur fils ou de leur fille. On a souvent entendu des hommes menant une carrière importante exprimer publiquement, et avec émotion, que leurs plus grandes réalisations sont leurs filles et leurs fils, affirmation impensable il y a cinq ans. Reviendraient-ils, si on leur en donnait le choix, au rôle de pater familias? Aucunement. Après avoir connu cette intimité affective, ils ne peuvent renoncer à observer leur enfant grandir et à lui apporter tout ce dont il a besoin.

Les avantages

Ainsi, dès le premier mois, l’enfant reconnaît ses parents et se sent heureux avec les deux. Pour soulager la fatigue des parents lors des premiers mois, alors que l’enfant se réveille la nuit, le partage des levers est négocié. Chacun y va à tour de rôle ou selon son besoin de sommeil.

Plusieurs thérapeutes conjugaux vous diront que les femmes pouvant compter sur leur conjoint sont plus heureuses et enclines à reprendre la vie sexuelle, d’autant plus qu’elles sont moins fatiguées et frustrées de porter toutes les tâches.

Les enfants investis par leur père ont beaucoup plus d’assurance dans la vie sociale et sportive que ceux qui sont surprotégés par leur mère, si évidemment celle-ci empêche le père de s’impliquer.

Une plus grande complexité

Les soins et l’éducation n’étant plus le monopole exclusif des mères, surviennent des discussions sur différents enjeux, comme l’entrée graduelle des aliments, qui peut être remise en question par un père bien documenté. Un alignement des compétences parentales devient nécessaire.

Lors de séparations, la situation devient complexe. Les enfants ne vont plus automatiquement habiter avec leur mère. D’emblée, les nouveaux pères revendiquent la garde partagée, si leurs horaires de travail sont compatibles avec ceux du service de garde de l’école. Ainsi, de nouveaux types de garde s’instaurent. La plupart des enfants bénéficient alors du contact régulier avec leurs deux parents. Mais parfois, les horaires morcelés causent trop de stress à tous.

De plus en plus de pères obtiennent aussi la garde complète de leurs enfants, et ils s’en tirent vraiment bien. Même s’ils n’ont pas eu de modèle dans leur famille initiale, leur engagement paternel les pousse à se mobiliser et à apprendre à maintenir l’organisation de la maisonnée et les liens affectifs.

Lorsque la famille se recompose, les nouveaux pères devenus beaux-pères déplorent le peu de place qu’ils obtiennent dans la nouvelle famille. Il en est de même pour les belles-mères… mais cela constitue un autre sujet.

Adieu, ainsi, «pères manquants et fils manqués»! L’implication des nouveaux pères constitue une révolution dans l’organisation de la vie familiale, et tous et toutes en bénéficient.

 

4 Commentaire

  1. Estelle chamberland

    Voilà un regard positif sur les pères qui va sûrement redonner une image plus juste des hommes d’aujourd’hui et donner confiance aux plus jeunes quant à leur capacité à assumer un rôle tout aussi légitime et valorisant qu’une belle carrière. Je note cependant une phrase qui jette un petit bémol. « Les nouveaux pères revendiquent la garde partagée, si leurs horaires de travail sont compatibles avec leurs horaires de travail ». Et qu’en serait-t-il si c’est aussi le cas des mères et que les horaires du service de garde ne correspondent à aucun de leurs horaires ? Cette phrase semble dire que la conciliation travail famille ne tient pas compte de l’importance égale des rôles paternel et maternel dans une famille. Qu’en pensez-vous?

    • Merci de votre commentaire et de votre question!
      En fait, cet article porte surtout sur la vie actuelle des nouveaux pères .
      Effectivement, le monde du travail amène aussi les femmes à travailler très tôt le matin, le soir,, la nuit, les fins de semaine ou même une longue semaine suivie de quelques jours de congé, ce qui ne correspond pas nécessairement à la disponibilité des services de garde. Cette situation provoque l’obligation de s’organiser en fonction de ces horaires autant pour les femmes que les hommes. Des ajustements complexes sont alors nécessaires pour que les enfants soient en contact avec leurs deux parents. Les grands-parents sont souvent sollicités. Un sujet à aborder lors d’une prochaine chronique!

  2. Jean-Bernard Robichaud

    Félicitations Claire, toujours heureux de te lire.

  3. Madame Leduc fait une excellente analyse de cette nouvelle réalité dans notre société québécoise. J’aime particulièrement lorsqu’elle fait mention de la nécessité de « faire un alignement des compétences » dans l’exercice de cette nouvelle forme de co-parentalité. Il s’agit ici d’un aspect de grande importance car tous les spécialistes du couple reconnaissent que l’éducation des enfants est un des sujets à « haut risque » de conflits conjugaux.

    L’un des défis de la vie de couple contemporaine est le PARTAGE DU POUVOIR. En conséquence, les deux parents ont avantage à se reconnaître mutuellement dans leurs compétences parentales en acceptant notamment leurs différences, incluant les différences psycho-sexuelles homme/femme, puis à se voir comme des co-équipiers et non des adversaires à l’intérieur d’une LUTTE POUR LE POUVOIR. Cela pourrait être le sujet d’une autre chronique ! Merci madame Leduc.

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