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Les architectes du paysage

Chère lectrice, cher lecteur,

 

Permettez-moi, grâce à cette lettre, de polir un peu l’image fort injuste et caricaturale de «petite peste» que l’on me prête. Je suis la fourmi, omniprésente et discrète mais très influente. Vous me voyez dans une craque du plancher de votre cuisine, sur une chaise de votre jardin, mais sur votre montagne je suis pratiquement invisible. Ici, chez vous, nous faisons un travail de titans. Nous labourons plus de terre que les vers. Nous mangeons des plantes et des déchets. Nous sommes même les architectes du paysage. Je n’exagère pas, car au cours des derniers millions d’années, nous avons contribué à la dispersion des semences et avons fait naître des peuplements d’arbres. Nous travaillons même à la construction des fameux corridors forestiers.

La grande famille des fourmis compte ici 120 branches. Sur la montagne, on dénombre une quarantaine de branches différentes. Il y a des fourmis primitives avec des yeux minuscules. Elles avancent lentement et vivent dans de petites colonies de 13 à 30 fourmis. Vous ne les voyez jamais, tellement elles sont microscopiques. Il y en a d’autres du style pitbull; elles font peur. Dotées de puissantes mâchoires, elles décapitent toute autre fourmi sur leur chemin. Sur un des sommets vit également une branche de notre famille qui garde un troupeau de petits insectes pour en boire le nectar. C’est fort!

Bien sûr, certaines branches sont très présentes, d’autres rares. Nous habitons un peu partout sur la montagne, mais surtout le long des sentiers et près des endroits où se promènent les randonneurs. Ce sont peut-être ces visiteurs qui nous ont transportées sur la montagne. Nous sommes de minuscules ouvriers qui œuvrons pour la santé de la montagne, entre autres en transportant des semences de plantes et d’arbres.

Même si vous vous extasiez plus facilement devant un chevreuil ou un pic flamboyant, n’est-ce pas extraordinaire qu’une minuscule créature comme moi soit si merveilleusement équipée? Entre nous, vos ordinateurs les plus sophistiqués, vos robots les plus puissants ne font pas le dixième de ce qu’une des nôtres peut faire. Nous les fourmis, nous voyons, nous sentons, nous nous déplaçons, nous collaborons, nous mangeons, nous nous reproduisons, nous faisons face aux épreuves de toutes les saisons. Pas mal pour quelques millimètres de machine de vie! Nous sommes cachées là-haut, mais nous travaillons fort.

À la prochaine!

Votre fourmi, petit génie

 

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