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Stances patriotiques, par Léa Ménard (Source: SHBMSH)
Stances patriotiques, par Léa Ménard (Source: SHBMSH)

Léa Ménard, une musicienne aveugle à McMasterville

Alors qu’aujourd’hui le monde culturel connaît des difficultés sans nom pour s’épanouir et se faire connaître dans la communauté, il est tout à fait remarquable qu’une jeune femme ait réussi il y a trois quarts de siècle, après des études couronnées de succès, à devenir professeure de chant et de musique et à publier ses œuvres, tout en étant aveugle de naissance.

Léa Ménard, musicienne aveugle (Source: SHBMSH)

Léa Ménard, musicienne aveugle (Source: SHBMSH)

Léa Ménard est née à Montréal en 1878 de Narcisse et Alphonsine Ménard; son père était cordonnier. Après avoir été placée à l’Institut Nazareth pour les aveugles à l’âge de cinq ans, elle réussit des études musicales avec grand succès. En 1901, elle devient professeure de musique et de chant à la Providence Saint-Vincent-de-Paul, chez les Sœurs de la Providence; elle a 23 ans.

Stances patriotiques, par Léa Ménard (Source: SHBMSH)

Stances patriotiques, par Léa Ménard (Source: SHBMSH)

Tout en poursuivant son travail d’enseignante, Léa Ménard commence à se livrer à la composition musicale. Elle est surtout connue pour les airs patriotiques qu’elle dédia à la femme de Wilfrid Laurier et qui sont intitulés Trois grands noms: stances patriotiques, les noms en question étant ceux de George-Étienne Cartier, de Wilfrid Laurier et d’Honoré Mercier. Elle en composa les paroles et la musique. Cette œuvre musicale fut publiée à Montréal en 1915 et elle fut suivie par Espoirs et souhaits en 1922.

Comme elle demeura toujours célibataire, Léa Ménard résida longtemps au Foyer Saint-Antoine des Sœurs Grises, à Montréal. Elle vint rejoindre son père, cordonnier à McMasterville, probablement en 1926 puisqu’elle quitte alors le Foyer Saint-Antoine pendant quinze ans. Plusieurs habitants de Beloeil-Station, à l’occasion d’une enquête effectuée en 1982, déclaraient bien se souvenir de ses leçons de musique. Léa Ménard apparaît sur une photo qu’on a datée de 1917, ce qui laisse croire qu’elle était à McMasterville bien avant 1926, au moins pour ses vacances. Elle habitait alors sur la rue Richelieu.

Au fil des années, tout en continuant à donner des cours de musique, Léa Ménard s’intéresse de plus en plus à la poésie, un moyen d’expression qui lui permet de livrer ses états d’âme. Elle compose plusieurs poèmes et les rassemble dans Le petit secrétaire: recueil en prose et en vers pour toutes les circonstances, un ouvrage de 174 pages publié en 1937.

Léa Ménard habitait dans une maison en face du 21, rue Richelieu, où son père exerçait son travail de cordonnier. La résidence passa ensuite au barbier Hercule Duclos et fut déménagée à la suite d’une correction du tracé de la rue Richelieu en 1963. Quant à Léa Ménard, de retour à Montréal, elle décédait en juillet 1953, à l’âge de 75 ans.

Aujourd’hui, on ne peut qu’admirer le courage et la détermination de cette femme qui, malgré sa cécité, réussit à réaliser plusieurs de ses rêves.

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