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Le livre de chevet

Retour sur une campagne électorale qui n’en est pas une, puisqu’il n’y a apparemment pas d’enjeu qui puisse intéresser le citoyen, s’adresser à son intelligence et le stimuler. On a dit ce qu’il y avait à dire à propos du scandale des dépenses au Sénat, de la crise des migrants et du niqab. On devrait passer à autre chose. Or, le niqab et la question de la femme occupent encore pas mal les discours.

Lynton Crosby, ce conseiller dépêché d’Australie, spécialiste, dit-on, des «victoires clés en main», puise dans le fin fond de la psyché du citoyen pour en extraire un vote. Le premier ministre se fait le défenseur des valeurs québécoises et le protecteur de la condition féminine, alors qu’au sein du caucus conservateur, dira à juste titre le chef libéral, il y a plus d’hommes antiavortement que de femmes portant le niqab au Québec.

Afin de pouvoir poursuivre l’exercice, en ces temps de crises identitaires, il faut trouver le bouc émissaire parfait. Rien de mieux donc que de promettre la création d’une ligne téléphonique réservée au signalement de «pratiques culturelles barbares». Ce n’est pas le genre du Parti conservateur de «s’enfarger» dans les fleurs du tapis quand il s’exprime. Pourtant, le mot «barbare» porte une charge d’une rare violence, à l’image d’une politique guerrière en rupture avec le Canada tel qu’on l’a connu jusqu’ici, un pays accueillant et ouvert à la différence.

Faut-il dire, redire et répéter ad nauseam que porter le niqab en public crée un malaise, renvoyant à des coutumes tribales qui n’ont rien à voir avec l’islam? Ce fichu morceau de tissu est un instrument des salafistes, cette armée téléguidée par l’Arabie saoudite que notre gouvernement n’ose jamais critiquer ni condamner pour ses pratiques barbares, de peur de perdre des milliards en ventes d’armes.

Une politique d’intérêts qui en cache une autre. La ministre canadienne de l’Environnement, Leona Aglukkaq, vient d’apprendre que Montréal s’apprêtait à déverser dans le fleuve Saint-Laurent huit milliards de litres d’eaux usées. Son bureau était au fait de ce dossier depuis… un an. Or, ce n’est que cette semaine que la ministre a demandé à Montréal de suspendre l’opération. Cette stratégie pour gagner des votes à tout prix s’apparente ici à une armoire munie de tiroirs qu’on ouvre au gré des circonstances. Les tenants de l’exploitation des sables bitumineux se font maintenant les champions de la protection de l’environnement.

Pourtant, le bilan des conservateurs est très peu reluisant, pour ne parler que du domaine de l’environnement. Le gouvernement conservateur nous a habitués au fait accompli. Au fond, n’est-il pas vrai qu’il a toujours fait ce qu’il a dit? Pas de surprise, donc, pour ceux qui sont rompus à la chose politique. Ils savent que Le Prince, de Machiavel, est et restera le livre de chevet de ceux qui nous gouvernent.

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