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Photo: Centre de la nature du mont Saint-Hilaire/ Alain Dumas
Photo: Centre de la nature du mont Saint-Hilaire/ Alain Dumas

L’acrobate aérien habile et discret

Cher lecteur, chère lectrice,

Vous m’avez confondue souvent le soir, j’en suis certaine, avec un oiseau de nuit.  Pourtant, je suis bien une souris qui vole. Oui, je vole, mais sans ailes, grâce à la voilure de ma peau entre mes pattes. Plus étonnant encore, je vois avec mes oreilles, puis, ne riez pas, je dors la tête en bas. Je ne me montre jamais le jour, mais je ne fais pourtant pas partie de l’entourage des sorcières, bien que je hante quelques imaginations affolées.

Rassurez-vous, je suis un acrobate aérien habile et discret, qui vous rends de grands services généralement ignorés. Me voici: la chauve-souris. Dès le mois de mai, je suis prête à prendre mes envolées silencieuses et acrobatiques dans le ciel du soir à la recherche d’insectes. Les moustiques n’ont qu’à bien se tenir, car toute seule je peux en dévorer entre 600 et 1000… à l’heure. Au cours d’une nuit, une colonie de chauves-souris consomme plus d’un kilo d’insectes. Vous pouvez nous féliciter, car cette consommation d’insectes représente, de mai à octobre, la masse impressionnante de plus de 150 kilos de maringouins, de moustiques et de papillons. Multipliez cette masse par toutes les colonies que la forêt et la vallée peuvent héberger, et on se trouve devant un service de taille. Qui fait mieux?

Nous sommes plus nombreuses dans la forêt de la montagne, mais vous pouvez nous apercevoir aussi, le soir, virevoltant dans le ciel au-dessus de votre jardin, où nous chassons vos maringouins. Dites-nous merci, car nous sommes infatigables, et le service est gratuit. Ne vous inquiétez pas, ici il n’y a pas de ces redoutables chauves-souris vampires qui boivent le sang des animaux et parfois de vous les humains, car ces cousines et cousines vivent dans les pays tropicaux ou dans vos cauchemars de l’Halloween.

Je passe les mois d’hiver en hibernation en attendant les chauds rayons de soleil du printemps et le réveil des insectes, qui constituent mon menu quotidien. Le printemps est le moment de naissance de notre unique petit. Fait remarquable, nos mamans collaborent activement entre elles. Nous sommes des animaux sociaux qui aimons vivre en petite colonie, bien à l’abri dans un même «chalet» au creux d’un arbre. Toutefois, ces colonies, qui peuvent compter jusqu’à 100 mamans et petits, sont des clubs plutôt exclusifs réservés aux femelles, qui s’occupent ensemble des petits. Les mâles vivent à l’écart. Tant pis.

Nous choisissons de préférence les nids abandonnés des pics-bois, qui nous conviennent parfaitement. Mais nous sommes prudentes et changeons donc souvent de chalet pour éviter que les prédateurs ne nous repèrent. Comme c’est souvent le cas, nos pires prédateurs sont vous, les humains, qui au cours des années avez fait disparaître les arbres et boisés où nous vivons. Ainsi, des huit familles de chauves-souris de notre région, quatre se trouvent, hélas, sur la liste des espèces menacées: la chauve-souris argentée, la chauve-souris cendrée, la chauve-souris rousse et la pipistrelle de l’Est. Aidez-nous à nous protéger; cela exprimerait concrètement votre appréciation de notre présence, et votre soutien assurerait aussi un contrôle naturel des insectes, qui gâtent parfois vos soirées estivales.

Bien vôtre,

Votre chauve-souris acrobate

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