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L'épluchette de blé d'Inde (Edmond-J. Massicotte, Les Canadiens d'autrefois, 1917)
L'épluchette de blé d'Inde (Edmond-J. Massicotte, Les Canadiens d'autrefois, 1917)

La saison d’automne autrefois

Autrefois, c’est la nature qui commandait les activités de nos ancêtres, et le froid qui s’installait graduellement annonçait les activités d’automne. Cette saison était un moment de passage: de l’été à l’hiver, du chaud au froid, de l’extérieur à l’intérieur des maisons.

Nos ancêtres avaient développé depuis longtemps une connaissance empirique du climat et de la température. On utilisait des dictons qui résultaient d’une longue fréquentation des saisons. Le froid qui s’en venait pouvait être perçu à l’avance. On disait: «Tant que les feuilles d’un pommier ne sont pas toutes tombées, c’est signe que l’hiver n’est pas arrivé»; «Si les pelures d’oignons sont minces, il y aura peu de neige pendant l’hiver»; «Lorsqu’il tonne et qu’il y a des éclairs l’automne, c’est signe que la saison sera douce.» Il y avait ainsi des dizaines de dictons, parfois hérités de France, pour prédire le temps qu’il ferait.

L’automne était la saison pendant laquelle on cueillait ou récoltait les derniers fruits ou légumes de l’année: les pommes, les prunes, les citrouilles, les patates… Après avoir vécu les grandes chaleurs dans la résidence d’été, on regagnait la grande maison, où l’on passerait l’hiver. On reprenait goût aux repas chauds, aux potages et aux bouillis si appréciés avec le temps froid. C’était le moment de la mise en conserve de tous les aliments qui feraient les délices de la famille pendant la saison froide. Les cultivateurs rentraient leurs bêtes pour l’hiver. On battait le grain. On coupait le bois de chauffage. À Saint-Hilaire, les récoltes de pommes s’accompagnaient de repas au cidre qui attiraient même les citadins.

Famille dans un verger de Saint-Hilaire au XIXe siècle (SHBMSH, fichier Cardinal, 625)

Famille dans un verger de Saint-Hilaire au XIXe siècle (SHBMSH, fichier Cardinal, 625)

Un des moments agréables du début d’automne était l’épluchette de blé d’Inde, en fait l’épluchette de maïs, qu’on appela rapidement blé d’Inde à cause sans doute de la méprise de Christophe Colomb, qui se croyait arrivé aux Indes lorsqu’il aborda l’Amérique tropicale, lieu d’origine du maïs. À l’origine, l’épluchette de blé d’Inde était une corvée qui avait lieu à la fin des récoltes afin de conserver cette céréale pour l’hiver; il n’y avait pas alors de variétés hâtives comme on en connaît de nos jours.

L’épluchette de blé d’Inde était une activité plaisante à l’occasion de laquelle le cultivateur réunissait parents, amis et voisins lors d’une soirée joyeuse qui commençait par l’épluchette des épis, disposés dans un gros tas au centre de la cuisine. Les garçons veillaient à se placer près de l’élue de leur cœur. On y allait d’histoires, de blagues, de mensonges vite découverts. Quelques-uns lançaient des épis au-dessus des éplucheurs trop lents ou des amoureux qui se contaient fleurette.

Les jeunes éplucheurs espéraient tous tomber sur un épi rouge, qu’on appelait blé d’Inde d’amour. C’était une variété inhabituelle de maïs et on n’en trouvait qu’un ou deux dans un très grand champ. Celui qui trouvait cet épi très rare avait le privilège d’embrasser la jeune fille de son choix.

L’épluchette de blé d’Inde se terminait par un réveillon qui durait jusqu’aux petites heures du matin.

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