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Maryse Latendresse. Photo: Courtoisie.
Maryse Latendresse. Photo: Courtoisie.

Cercle littéraire Françoise-Loranger : Entrer dans l’univers d’une femme à la tête dure et à la plume légère

C’est dans un cours du baccalauréat en psychologie que Maryse Latendresse, maintenant rédactrice pigiste, auteure de romans et scénariste, a réalisé son amour pour l’écriture et les mots. Après La danseuse (Hurtubise, 2002), Quelque chose à l’intérieur (Hurtubise, 2004) et Pas de mal à une mouche (Hurtubise, 2009), celle qui se qualifie de «femme à la tête dure et à la plume légère» s’est lancée dans l’écriture de courts métrages puis d’une pièce de théâtre. Elle sera l’invitée du Cercle littéraire Françoise-Loranger le 16 décembre prochain, à 19 h 15, à la bibliothèque Armand-Cardinal. Entrevue.   

Dans votre parcours, comment en êtes-vous venu à l’écriture, que ce soit de romans, de scénarios ou de pièces de théâtre? 

J’ai un faible pour l’écriture depuis l’enfance. J’ai passé beaucoup de temps dans ma chambre, enfant, adolescente, à écrire, à raturer, à déchirer, à réécrire des lettres que je n’envoyais jamais. Puis à lire, dans le noir, bien cachée sous mes couvertures. Mon premier contact avec l’écriture a donc été très intime, très fort. La littérature m’intéressait beaucoup, mais me terrorisait encore davantage… Comment faire sa place dans un si vaste monde? Et puisque mes parents étaient deux fins psychologues, la psychologie semblait donc le choix de carrière logique pour moi (et sans doute, le plus accessible, le moins menaçant, le plus facile). J’ai donc fait mon baccalauréat en psychologie sans me questionner et c’est seulement à la 3e année que je me suis mise à douter… Précisément lors d’un cours intitulé «Problématique du changement» dans lequel il fallait écrire un texte chaque semaine. Ç’a été le déclic. J’y passais mes jours, mes nuits, les autres cours ne me stimulaient pas autant. J’ai compris ainsi que je n’avais peut-être pas fait le bon choix. Un cours sur le changement qui a entraîné le plus grand changement dans ma vie, c’est bien pour dire! J’ai tout de même terminé mon bac (tant mieux, car ça sert bien mon écriture), puis aussitôt, j’ai voulu tester mes convictions littéraires en m’inscrivant  au certificat en création littéraire. J’ai adoré. Littéralement. En parallèle, je me suis inscrite à quelques cours du baccalauréat en littérature afin de parfaire mes connaissances. Et c’est ainsi, chemin faisant, que j’ai décidé d’entreprendre une maîtrise. À partir de là, tout a déboulé : j’ai rencontré la fabuleuse Louise Dupré qui a dirigé mon mémoire avec une grande générosité, j’ai gagné un prix pour cedit mémoire, on a publié ensuite mon premier roman, et les deux autres ont suivi. Ce n’est que pendant l’écriture du quatrième roman, et suite à quelques synchronies, que les autres formes d’écriture sont, pour de bon, entrées dans ma vie…

 

Vos trois romans parlent d’amour, de fidélité et de doutes. Pourquoi revenez-vous à ces thèmes? 

Je vais m’étendre sur le divan d’un psychanalyste pour quelques mois et vous répondre par la suite…
Quelle part de votre écriture est autobiographique? Je pense par exemple à votre désir d’enfant, que vous révélez dans le documentaire Andermann et nous, qui rejoint celui de Marie dans Pas de mal à une mouche.

Normalement, cette part est toute petite. Il m’arrive tout de même de m’inspirer de faits réels. Par exemple, mon premier roman a été légèrement inspiré par une patiente (fort intrigante) de la psychanalyste Julia Kristeva. Son cas est un peu résumé (mais surtout analysé) dans le livre Soleil Noir, dépression et Mélancolie. Et même si certains éléments du réel s’y trouvent parfois (comme mon désir d’enfanter, bien vu!), l’inspiration naît d’abord de mon imaginaire. Or, mon prochain roman – et pour la toute première fois – est précisément basé sur la vie de ma mère et, par ricochet, sur mon enfance. C’est d’ailleurs le roman qui m’occasionne le plus de difficultés, de tourments, de questionnements, de doutes et de résistances, c’est une bataille de tous les jours.

Votre expérience en scénarisation a-t-elle changé la façon dont vous envisagez l’écriture de romans? 

Absolument. Je n’écrirai plus jamais comme j’écrivais avant mon passage à L’inis. J’irais même jusqu’à dire que cette incursion dans le monde cinématographique a transformé ma façon de voir, de percevoir, de comprendre les réalités qui m’entourent. C’est une dimension nouvelle qui me donne des perspectives différentes, c’est une corde de plus à mon arc, c’est une autre manière d’aborder et de concevoir les histoires. D’ailleurs, pour la scénarisation, j’ai dû, en quelque sorte, réapprendre à écrire. L’écriture d’un scénario, pour moi, est presque à l’opposé de l’écriture d’un roman. Et je crois que c’est ainsi pour les autres formes d’écriture. Poésie. Théâtre. Chanson. Elles sont toutes spécifiques et demandent toutes des approches distinctes. C’est un peu comme s’il y avait en moi plusieurs personnalités, celle qui écrit des romans, celle qui écrit des films et celle qui écrit du théâtre, ce n’est jamais tout à fait la même qui s’assoit devant l’écran, même si chaque discipline nourrit, enrichit, agrémente les autres.

 

Y a-t-il un prochain roman en écriture? Si oui, de quoi parlera-t-il?

Oui, mais je dirais plus qu’il est en cours de «réécriture» puisque je travaille sur ce dit roman depuis quelques années déjà… Comme mentionné plus haut, il tourne autour de la vie (tumultueuse) de ma mère et des hommes qui l’ont traversée. C’est (encore) une histoire de triangle amoureux où s’enchevêtrent les mensonges, les secrets, les enchantements. C’est avant tout un roman qui montre une nouvelle facette du divorce, de la garde partagée, de la «belle-paternité» et de la réalité des familles recomposées… Or, et j’y tiens, ce roman existe d’abord pour remettre en question et réévaluer le discours pessimiste qui entoure le divorce et toutes ses conséquences : «Des parents qui ne s’aiment pas, ça ne sert à rien, non, leur valeur est illimitée dès le moment où ils se quittent, enfin prêts à aimer de nouveau.»

(À noter que je travaille aussi à l’adaptation de ce roman… afin d’en faire un scénario de long-métrage!)
De quoi parlera votre conférence L’écriture (et l’écrivain) dans tous ses états (adversités, félicités et autres chambardements)?

Son titre est assez mystérieux, n’est-ce pas? Je dirais d’abord que je ne suis pas une conférencière, et donc, que je ne donnerai pas une conférence à proprement dit. J’aborde plutôt cette soirée comme une rencontre intime entre gens qui partagent la même passion. Je me confierai. Avec sincérité. J’aborderai la difficulté du métier d’écrivain (et le bonheur), de même que les raisons qui m’ont poussée à explorer d’autres formes d’écriture. J’expliquerai ainsi comment et pourquoi le cinéma et le théâtre sont entrés dans ma vie. Je parlerai aussi de mes angoisses. De mes inspirations. De mes projets en cours. Et je ferai certainement la lecture d’un extrait de mon prochain roman. Mais tout ça, dans un esprit intime, personnel et chaleureux (je l’espère bien!)

 

3 Commentaire

  1. C’est en plein toi ma belle Maryse! Authentique! Nul doute que les participants seront suspendus à tes lèvres.
    Bon succès!
    Marc

  2. Maryse Latendresse, pour la connaitre « un peu » et la croiser souvent, est une personne discrète et modeste mais oh combien sincère et généreuse.
    Quand elle ne se cache pas au fin fond de son petit bureau perché dans les arbres pour écrire, je la croise songeuse sous son grand capuchon marchant son chien en laisse à la rencontre de son fils.
    Toujours aimable, toujours souriante, parfois boitante pusiqu’elle a le don de se fouler régulièrement un orteil, toujours songeuse, toujours jolie, toujours humaine. Parce que si elle consacre beaucoup de temps à l’écriture, à suivre des cours, à la réalisation de court ou long métrage, elle donne aussi beaucoup de temps à deux jeunes filles lourdement handicapées qu’elle accompagne depuis des années pour leur plus grand bonheur et celui de leurs parents qui ont un peu de répis.
    Maryse est une personne entière. Quand elle décide de s’engager dans quelque chose elle le fait jusqu’au bout. Tout comme avec les personnes, elle donne avec tout son amour et sa joie de vivre.
    Alors j’ai bien hâte de lire son prochain livre qui est inspiré de la vie de sa mère. Au passage, une femme très sympathique. J’ai bien hâte de lire ce qu’elle a à dire sur le divorce et la façon dont les enfants (certains) le vivent.
    Et pour tout vous dire, ayant le privilège de compter Maryse dans mes connaissances, je me trouve très chanceuse.
    Bonne continuation chère voisine (-:

  3. Quelle belle entrevue! Tu parles aussi bien que tu écris!!

    Bon succès ma belle amie!

    Sylvie

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