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Puis nous venons de loin, car nous sautions déjà sur la terre, bien avant les humains, il y a 400 millions d’années. Photo : Centre de la nature du Mont Saint-Hilaire.
Puis nous venons de loin, car nous sautions déjà sur la terre, bien avant les humains, il y a 400 millions d’années. Photo : Centre de la nature du Mont Saint-Hilaire.

100 000 sur un mètre carré

Chères lectrices, chers lecteurs,

L’hiver est encore avec nous, alors permettez à l’habitant le plus petit et le plus primitif de votre montagne de vous dire un mot. Je vous salue; je suis Pierrette, la puce des neiges. Je suis minuscule, mais vous m’avez peut-être vue en faisant votre randonnée lors d’une journée ensoleillée de janvier ou de février. En regardant attentivement la neige qui couvrait le sentier, peut-être avez-vous fait une étrange découverte. Un peu partout, vous avez vu de petites taches noires, qui ressemblaient à des grains de poivre ou à des poussières de cendre. À regarder comme il faut, vous auriez eu la surprise de voir que ces taches bougeaient, sautaient même.

Vous veniez de rencontrer les «puces des neiges». Nous sommes de minuscules insectes, longs d’à peine un ou deux millimètres, dotés d’un ressort puissant sous notre ventre qui nous permet de sauter plus haut que vos bottes. Soyez sans crainte, nous n’aimons pas les humains ni les chiens. Certains jours, nous sommes jusqu’à 100 000 sur un mètre carré et, tenez-vous bien, des millions sur une seule acre de neige. Nous, les sauteuses, sommes tellement nombreuses que nous formons la famille d’insectes la plus grande de toute la planète. Pas mal, n’est-ce pas?

Puis nous venons de loin, car nous sautions déjà sur la terre, bien avant les humains, il y a 400 millions d’années. Certains sont d’avis qu’on ne devrait pas nous considérer comme des insectes mais comme des animaux fossiles, car nous sommes de constitution fort primitive. Franchement! Nous dormons bien tranquilles une partie de l’hiver sous l’écorce des arbres ou dans le sol, mais quand il fait un peu plus doux, nous sortons pour un pique-nique familial sur la neige. Nous mangeons surtout des feuilles en décomposition, des bactéries, des champignons microscopiques et des algues. Nous formons une vaste machine à recycler les déchets de la nature.

Vous vous demandez comment il se fait que nous, les puces, ne gelions pas en hiver? C’est très simple, nous avons de l’antigel dans le sang. Un petit mot de mise en garde pour vous: avec votre fierté d’appartenir à une race «supérieure», n’est-ce pas salutaire d’avoir à se pencher pour découvrir une bibitte qui est sur la terre depuis 400 millions d’années? Lors de votre prochaine visite hivernale, n’oubliez pas de nous saluer. Sans rancune!

Pierrette, la puce des neiges

 

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